La médecine chinoise (Zhōng Yī 中医)

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La médecine chinoise (Zhōng Yī 中医) est l’une des plus anciennes médecine du monde. L’archéologie moderne atteste de l’existence d’une médecine primitive dès la fin de la dynastie des Shāng 商 (≈ 1600 av. J.-C. à 1046 av. J.-C.) et les premiers temps de la dynastie des Zhōu 周 (1046-256 av. J.-C.)Elle s’articule autour de 5 disciplines principales.

1 - L'Acupuncture et la moxibustion (Zhēn Jiŭ 针灸)

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L’acupuncture (Zhēn ) est l’un des outils thérapeutiques de la médecine chinoise classique qui consiste à implanter et à stimuler des points précis du corps appelés « points d’acupuncture » (Xuéwèi 穴位) à l’aide d’aiguilles stériles dans le but d’influer sur la circulation de l’énergie ( 气), du sang (Xuè 血) et des fonctions organiques, et ainsi rétablir un équilibre global de l’organisme.

Les points d’acupuncture (Xuéwèi 穴位) sont reliés entre eux par un réseau complexe de lignes de force bio-électromagnétiques appelées canaux d’énergie ou « méridiens » (Jīng luò 经络), eux-mêmes connectés aux différents organes et entrailles (Zàng Fǔ 脏腑) du corps. Ces canaux d’énergie ont pour fonction principale de distribuer et d’alimenter l’ensemble du corps humain en l’énergie ( 气). Ainsi, par un jeu subtil de stimulation de ces points, le médecin chinois régule les flux énergétiques afin d’activer les capacités d’auto-guérison du corps.

En Chine, et contrairement aux idées reçues, il est à noter que l’acupuncture ne représente qu’environ 30% à 40% des techniques de soin proposés par la médecine chinoise, celle-ci accordant une part prépondérante (60% à 70%) au traitement par phytothérapie ou pharmacopée (cf. infra). D’où vient alors, en Occident, cette inversion de proportion au profit de l’acupuncture ? La raison en est que, lorsqu’ils arrivèrent sur place dès le XVIe siècle, les missionnaires jésuites – comme le célèbre sinologue italien Matteo Ricci (Lì Mǎdòu 利玛窦)  mandatés par leur Ordre pour évangéliser, le pays furent davantage impressionnés par cette étrange usage thérapeutique qui était fait des aiguilles, plus que de celui de la phytothérapie qu’ils connaissaient déjà. Ainsi, lorsqu’ils rentrèrent au pays, ils rapportèrent essentiellement avec eux l’usage thérapeutique des aiguilles (Zhēn ) mais aussi des ventouses (Bá Guàn 拔罐), que nos grands-mères utilisèrent longtemps, notamment pour traiter les affections broncho-respiratoires.

Bien que son usage ne soit pas systématique, la pratique de la moxibustion (Jiŭ 灸), ou « art de chauffer les points d’acupuncture », va de paire avec la pratique de l’acupuncture. Cette technique, très utilisée en Chine et au Japon, consiste à chauffer localement un point ou une zone cutanée à l’aide d’armoise, une plante réduite en poudre ou utilisée sous la forme de bâtonnets, et dont la combustion possède un fort pouvoir calorifique.

2 - La Pharmacopée ou pharmacologie chinoise (Zhōng Yào 中药)

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On peut rapprocher la pharmacopée chinoise (Zhōng Yào 中药) de la phytothérapie classique occidentale. Il est toutefois important de préciser que les substances utilisées dans cet art particulièrement élaboré relèvent principalement du règne végétal. Quelques rares substances animales et minérales complètent l’arsenal phytothérapeutique du médecin traditionnel chinois. Le règne humain (placenta, cheveux grillés, etc.), aujourd’hui abandonné, était originellement en usage.

3 - La Thérapie Manuelle : massages (Àn Mó Tuī Nà 按摩推捺) et mobilisations ostéo-articulaires (Zhèng Gŭ 正骨)

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La Thérapie Manuelle comprend les massages (Àn Mó Tuī Nà 按摩推捺) et les mobilisations ostéo-articulaires (Zhèng Gŭ 正骨), équivalent chinois des techniques ostéopathiques. Tout comme l’acupuncture/moxibustion, la thérapie manuelle a pour fonction de remettre en circulation l’ensemble des fluides corporels, principalement l’énergie et le sang, qui se verraient entravés par des pathologies d’origine tendino-musculaire (nouures, lésion des tissus mous, etc.) ou ostéo-articulaire (déplacement d’une structure articulaire ou d’un corps vertébral).

Après normalisation du trouble par massage ou correction articulaire, le médecin chinois pourra compléter son traitement par de l’acupuncture et/ou de la pharmacopée. Il pourra aussi, à titre prophylactique ou curatif, proposer des exercices énergétiques de santé (Qigong) que le patient effectuera quotidiennement chez lui.

4 - La diététique (Yĭn Shí 饮食)

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Le grand médecin grec Hippocrate de Cos (460-370 av. J.-C.) disait en son temps : Que l’aliment soit ton premier médicament. Sūn Sīmiǎo 孙思邈 (581-682), l’Hippocrate chinois, qui fut l’un des plus éminents médecins de l’histoire de l’Empire du Milieu, ne disait pas autre chose : Le médecin doit d’abord régler l’alimentation et l’hygiène de vie de ses patients, ce qui suffit souvent pour les guérir. C’est uniquement si la guérison est incomplète que l’on doit utiliser les plantes médicinales ou l’acupuncture.

En consultation, l’objectif du médecin chinois n’est pas, bien entendu, d’amener ses patients occidentaux à manger comme les chinois, mais bien de se servir des connaissances théoriques élaborées par les sages de l’empire du milieu en matière de diététique afin de les adapter et de les appliquer à notre alimentation occidentale selon le principe ancestral de bon sens qui préconise, autant que possible, la consommation de produits de saison et de région.

5 - La psychothérapie ou "Raisons du Cœur" (Xīn Lĭ 心理)

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Comment imaginer un seul instant que les humains puissent être résumés à de simples « machines » de chairs et d’os ? La médecine chinoise, qui puise ses fondements aux sources des antiques pensées taoïstes, confucianistes et bouddhistes, avance avec certitude que l’homme est avant tout et surtout une « machine » pensante dont la dimension psychique est intimement reliée à la santé du corps physique. La tradition médicale chinoise prend en charge de cette dimension psycho-émotionnelle de l’être qu’elle nomme : mise en ordre des raisons du Cœur (Xīn Lĭ  心理).

Les exercices énergétiques de santé (Qìgōng 功)

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Enfin, en plus des 5 piliers fondamentaux, le médecin chinois pourra recommander la pratique complémentaire d’exercices énergétiques de santé, appelés Qìgōng . Les premières traces de cette pratique qui est aux Chinois ce que le yoga est aux Indiens, sont attestées par l’archéologie depuis la fin du néolithique (3000-2000 av. J.-C.). Les recherches ont montré qu’elle revêtait une fonction essentiellement curative dans le traitement de pathologies déclarées. 

Notons que cette discipline peut également être appréhendée dans un but prophylactique, c’est-à-dire préventif, afin d’entretenir un bon état de santé physique et psychique.

Une méthode complète de qigong médical destiné aux personnes touchées par le cancer fut même élaborée dans les années 1960-70 par une chinoise très célèbre, Lín Guànmíng 林冠明  (1909–1984), plus connue sous le nom de Madame Guōlín 郭林, une artiste peintre qui fut elle-même confrontée à la maladie (cancer de l’utérus métastasé à la vessie) et qui parvint à la surmonter après avoir été définitivement condamnée par le corps médical.

Tout médecin chinois digne de ce nom doit donc être en mesure de conseiller ses patients afin de les orienter vers une meilleure hygiène de vie. Le Qìgōng 功 trouve alors parfaitement sa place dans ce processus de santé globale si cher aux Chinois, qu’ils nomment poétiquement « Nourrir la Vie » (Yǎng Shēng 养生).

Comment se déroule une séance de Médecine Chinoise ?

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Le médecin chinois commence par établir un bilan en fonction du profil pathologique de son patient, profil établi à partir d’un diagnostic énergétique en 4 Temps (Sì Zhěn 四诊) extrêmement codifié comprenant :

  • L’Entretien : je discute (Wèn 问)
  • L’Observation ou auscultation : j’observe (Wàng 望)
  • L’examen audio-olfactif : j’écoute et je sens (Wén 闻)
  • L’examen palpatoire : je touche (Qiè 切)

Une fois ces 4 temps de l’examen terminés, le praticien est en mesure de poser un diagnostic différentiel (Biàn Zhèng 辨证) afin de mettre en lumière un ou plusieurs syndromes (déséquilibres énergétiques) incriminés chez son patient. 

Enfin, il choisit une forme de traitement à l’aide d’un ou de plusieurs « outils » thérapeutiques (acupuncture, pharmacopée, diététique, massage, etc.) (cf. supra).

Bien que très variable en fonction de la nature de la pathologie et du profil du patient, une séance de médecine chinoise dure en moyenne 50-60 mn. Elle peut toutefois être écourtée à une trentaine de minutes, ou au contraire, prolongée jusqu’à 80-90 mn en première consultation.

La médecine chinoise dans le paysage
politique et médical mondial

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Bien que la médecine chinoise n’ai cessé d’évoluer et de perfectionner son système de soin au fil des siècles, les bases fondamentales qui la constituent ont été définitivement jetées au début de l’ère commune. Elle traversa ainsi les âges pour parvenir jusqu’à nous en un système toujours parfaitement et merveilleusement valide. Voilà donc plus de 3000 ans que tout un peuple, représentant aujourd’hui plus d’1/5e de l’humanité, fait confiance à un système médical nanti de plusieurs millénaires d’expérience sur l’humain.

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) elle-même recommande l’usage des médecines traditionnelles. Un rapport du Conseil Economique et Social des Nations Unies (Ecosoc/6385) du 12/02/2009 intitulé : Ecosoc : la médecine traditionnelle peut contribuer à l’amélioration de la santé dans les pays industrialisés ainsi qu’à la reconnaissance des communautés autochtones, selon des panélistes, va dans ce sens et rappelle que 80% de la population d’Asie et d’Afrique a régulièrement recours à ces médecines. Ce même rapport plaide sans conteste pour le développement et l’intégration des médecines traditionnelles aux côtés du système médical conventionnel en usage dans les pays industrialisés. Le rapport précise notamment que l’objectif de l’OMS est de promouvoir l’intégration des médecines traditionnelles dans le contexte du renouvellement des politiques de santé publique des États membres.

L’OMS reconnaît la diversité des pratiques de médecine traditionnelle, complémentaire et intégrative (MTCI) dans les pays du monde et sa contribution à la santé, au bien-être, aux soins de santé centrés sur la personne et à la couverture sanitaire universelle. Une MTCI intégrée de manière appropriée peut améliorer les résultats en matière de santé en permettant d’augmenter la disponibilité des services, en particulier au niveau des soins de santé primaires.

Tous les pays devraient examiner la meilleure façon d’intégrer la médecine traditionnelle et complémentaire dans leurs systèmes de santé nationaux, a plaidé jeudi l’Agence Sanitaire Mondiale de l’ONU à l’occasion du sommet mondial sur la médecine traditionnelle en Inde en août 2023

La médecine chinoise dans le système de soin français

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Contrairement à de très nombreux autres pays de l’Union Européenne (Angleterre, Allemagne, Pays-Bas, Espagne, Portugal, Irlande, Danemark, Suède et Suisse, la France reste l’un des derniers grands pays d’Europe à ne pas vouloir officiellement reconnaître la médecine chinoise. Un rapport émanant du Conseil National de l’ordre des Médecins français intitulé : Les pratiques de soins non-conventionnelles et leurs dérives fut rédigé le 03 février 2023

Si nous saluons l’intention de ce rapport d’avoir voulu faire la lumière sur la pratique des Pratiques Non Conventionnels de Santé (PNCS), dont l’acupuncture et la médecine chinoise font partie, nous regrettons toutefois un parti pris très orienté et fortement à charge contre les PNCS. On peut y lire notamment que :

[…] les PSNC, quant à elles, souffrent aujourd’hui d’une absence de règlementation, génératrice d’atteintes à la santé et à la sécurité des personnes. Les « professionnels » proposant ces actes profitent de ce vide juridique pour créer une confusion dans l’esprit des personnes en faisant état de statuts professionnels non reconnus et de l’emploi d’allégations trompeuses. De surcroît, les termes « médecine » ou « docteur »
n’étant pas suffisamment encadrés, ils sont utilisés de façon volontairement ambigüe par ces non-professionnels de santé. Les conséquences de l’absence d’encadrement des PSNC sont qu’elles peuvent :
             • Entrainer pour les personnes les proposant des poursuites pénales pour exercice illégal de la médecine ;
            • Être considérées comme dérives thérapeutiques entrainant une perte de chance dans la guérison et une mise en danger de la vie d’autrui, avec pour sanction :
                         → pour les médecins : disciplinaire et pénale,
                         → pour les non-professionnels de santé : pénale ;
           • Voire sectaires, se caractérisant par la mise en œuvre de pressions ou de techniques ayant pour but de créer, de maintenir ou d’exploiter chez une personne un état de sujétion psychologique ou physique, la privant d’une partie de son libre arbitre, avec des conséquences dommageables pour cette personne.

Les principales instances fédérales et les syndicats professionnels français oeuvrent toutefois pour faire évoluer cette situation. L’une des dernières actions menées fut le dépôt, en novembre 2011, auprès du Ministère des Affaires Sociales, de la Santé et du Droits des Femmes, d’un « Livre Blanc » de la Médecine Traditionnelle Chinoise dont la principale vocation fut de présenter cette médecine ancestrale aux autorités françaises, ainsi que de faire valoir les bénéfices que pourrait en tirer l’ensemble de la popu

La profession de praticiens en médecine chinoise souhaite en effet voir évoluer la réglementation la concernant. Elle estime, à l’instar de l’OMS, que cela aura pour conséquence de permettre à tous d’y accéder et contribuera à réduire les dépenses de santé inutiles en assurant une meilleure coordination des soins. De nombreuses mutuelles et compagnies d’assurance ont, elles aussi, déjà pris la mesure de son importance en remboursant, partiellement ou en totalité,  les actes pratiqués par des non médecins dans le cadre des complémentaires santé.

Ainsi, dans le cadre juridique français actuel, et jusqu’à nouvel ordre, les actes de médecine chinoise pratiqués par des non-médecins ne bénéficient d’aucune prise en charge par l’Assurance Maladie (Sécurité Sociale) et ne peuvent pas prétendre à remboursement par cet organismeC’est en revanche vers les mutuelles et autres compagnies d’assurances que les patients, en fonction de la nature de leur contrat, doivent se tourner. Pour cela, un relevé d’honoraires ou une facture acquittée doit être demandé au praticien.